• - Lola ! Pour la troisième fois : lâche ce bouquin et va nourrir le poisson rouge !

    - Pff... Attend, maman. J'y vais bientôt, c'est promis.

    - Vas-y maintenant. Moi j'ai encore le repas à préparer, et je ne t'ai pas vu t'occuper de Bubulle durant les trois derniers jours.

    Lola se leva et jeta rageusement son Tintin sur le canapé puis s'approcha du fameux Bubullle.

    - De toute façon, râla-t-elle, c'est qu'un poisson rouge. Faut se calmer un peu, y a pas mort d'homme.

    Sa mère ne répondit rien, Lola n'était même pas sûre qu'elle ait entendu. Trop occupée sans doute a essayer de tirer un peu de goût de ses stupides navets ?

    Elle prit quelques paillettes de daphnie et les laissa tomber dans le bocal. Le poisson nagea immédiatement à leur rencontre en commença à les gober une à une. Lola se détourna de se spectacle pour s'en retourner d'un pas agacé dans sa chambre. Elle ferma la porte avec un peut plus de brusquerie qu'il n'était nécessaire afin de bien faire comprendre à sa mère son agacement, au cas où elle ne l'aie pas remarqué.

    Une fois affalée sur son lit, elle fixa le plafond avec ennuis. Tout compte fait, elle n'avait plus vraiment envie de lire Tintin. Pourquoi pas somnoler jusqu'à l'heure du repas plutôt ?

    Elle avait à peine fermé les yeux qu'un bruissement à côté de son lit lui fit tendre l'oreille. Aussitôt, elle se redressa et regardait autour d'elle. "pff... et voilà que je deviens parano. ...N'empêche, j'ai bien entendu quelque chose."

    Un mouvement attira son attention. Elle n'avait pas rêvée, il y avait bien un animal qui était entré dans sa chambre. Lola se pencha pour voir de plus près, et la chose faillit lui percuter la tête en sautant.

    - Bubulle ?! Mais bon sang, qu'est ce que tu fais dans ma chambre !!!

    - Je suis venu te toucher deux mots, à propos de ta conduite, répondit-il.

    Silence.

    Lola fixa le poisson qui flottait maintenant dans la pièce comme si il nageait dans l'air. Tout ce qu'elle trouva à dire devant son poisson rouge qui se mettait à parler et à voler comme un pinson fut :

    - Ma.. conduite ? Je ne vois pas ce que tu veux dire.

    - Vraiment ? Tu as pourtant insinué que j'importais moins que la suite d'un livre qui ne te passionnait même pas, dans ta phrase "de toute façon, c'est qu'on poisson".

    Il avait une voix un peu pâteuse, comme si chaque mot qu'il prononçait était une bulle qui venait éclater hors de sa bouche.

    - Je... mais... depuis quand tu parles ?

    - C'est un cas exceptionnel, organisé par l'Ordre des Choses pour te remettre sur le droit chemin.

    - Le... l'Ordre des Choses ? Qu'est ce que c'est que ce...

    - Je n'ai pas le temps de tout t'expliquer, mon moment de lucidité au niveau humain sera bref, et j'ai déjà beaucoup de choses à te montrer pour un si court répit.

    - Des choses à me montrer ? Comment ça ?

    Lola était totalement perdue. Depuis quand les poissons rouges venaient faire la morale quand on s'occupait mal d'eux ? Et qui était cet "Ordre des Choses" qui se mêlait des affaires des autres ?

    - Un poisson est un être vivant, aussi inexpressif peut-il paraître. Les humains peuvent considérer qu'ils leurs appartiennent au même titre qu'un livre ou une chaise, ou qu'ils en sont responsable, mais cela ne change rien à la donne : je suis aussi vivant que toi.

    - Je... oui, je n'en doute pas... J'ai parlé tout à l'heure sous le coups de la colère...

    Que pouvait-elle bien dire ? Cette affaire l'effrayait, et elle ne voulait pas froisser Bubulle.

    - Paroles, paroles... encore des affaires d'humain tout cela ! Ce sont les fait qui comptent ! Que vous mettiez des poissons dans des bocaux en guise de décoration, soit ! Mais au moins, ne les laissez pas des semaines nager dans une eau pauvre en oxygène et si trouble qu'on y voit pas à deux nageoire devant soi ! Et nourrissez-les !

    - Ho, ça va hein ! C'est facile de faire la morale quand on peut parler, mais le reste du temps, je suis sûre que tu ne te souvient même pas des paillettes que tu as pu manger la minute d'avant !

    Le poisson fut apparemment vexé. Il déclara :

    - J'avais bien prévu qu'il y aurait des difficultés. Je vois qu'il va falloir faire preuve de persuasion.

    Et soudain, la chambre se mit à tourner autour d'eux, à tourner de plus en pus vite... Lola s'accrochait à son lit dans l'espoir de ne pas avoir le tournis, et elle se mordit la langue pour ne pas crier. Quand la pièce se stabilisa enfin, elle constata qu'elle n'était plus dans une pièce. Mais dans une vallée enneigée, au milieux de montagnes hostiles et dénuées de toute trace de vie civilisée.

    - Où... où sommes-nous ?

    - Dans les Alpes, comme vous autres humains appelez ces montagnes. Très longtemps avant l'époque de ta naissance.

    - Tu... tu as des pouvoirs magiques ?!

    Bubulle eu un espèce de soupire de poisson, et il lui répondit :

    - Je t'ai déjà expliqué que, exceptionnellement, l'Ordre des Choses me donnait carte blanche pour arriver à te convaincre

    - Mais tu va m'expliquer ce que c'est que cet Ordre des Choses ?!

    - Pas le temps. Viens plutôt voir par ici.

    Bubulle avait frétillé jusqu'à un gros rocher, et Lola le suivit.

    - C'est incroyable, remarqua-t-elle, la neige n'est même pas froide.

    - Regarde et tais-toi.

    Vexée, Lola obéi tout de même et s'avança au delà du rocher. La vue qui s'offrit à elle lui coupa le souffle. Un camps était installé là, dans une sorte de petite grotte à l'abri du vent. Des hommes et des femmes vêtus de peaux de bêtes s'affairaient autour du feu.

    - Des hommes préhistoriques ! souffla Lola, surprise.

    - Appelle-les comme tu veux, renchérit Bubulle. C'est l'humain tel qu'il était avant de se considérer comme étant la créature suprême, et tel qu'il aurait dû rester.

    - C'est donc encore pour me faire la morale que tu me montre ça ? C'est ridicule : regarde, il tuent des animaux, eux aussi. Tu penses qu'ils ont des remords à cela ?

    - C'est le cour normal de la vie, la "loi de la jungle" comme vous dites. Mais tu pourras constater qu'ils ne garde aucun être vivant en guise de décoration.

    Lola fit la moue.

    - Je ne vois pas le rapport. D'accord, avant, les humains n'étaient pas tout en haut de la chaîne alimentaire et n'avaient pas d'animaux de compagnie. Mais ça ne change rien à ta condition de poisson.

    Bubulle soupira. C'est drôle, un soupir de poisson : ça fait un petit "pop" quand il ouvre la bouche.

    - Je vois que je n'ai pas le choix. Attention, accroches-toi bien.

    Et, comme tout à l'heure dans la chambre, le paysage se mit à tourner autour d'eux. Lola plongea ses mains dans la neige tiède et ferma les yeux.

    Quand elle les rouvrit, il faillit s'étouffer. Elle était au fond de l'eau.

    - Haaa !!! Mais je vais me noyer !!!

    Elle sortit brusquement ses mains de la vase et se débattit pour regagner la surface.

    - Calme toi, la tempéra Bubulle. C'est comme la neige tiède : tu ne crains rien.

    Tiens, oui. Elle n'étouffait pas, ne se noyait pas, et n'avait même pas d'eau dans le nez. Pourtant, elle était bien entrain de nager dans ce qui ressemblait fortement au lit d'une immense rivière, ou d'un fleuve.

    - Où sommes-nous ?

    - Sous l'eau.

    - Tiens donc ? Je ne savais pas que les poissons avaient le sens de l'humour. Plus sérieusement, qu'est-ce que je fais là ? Encore un truc que je dois à "l'Ordre des Choses" ?

    - Parfaitement. Et maintenant, arrêtes avec tes questions idiotes qui nous font perdre du temps, et suis-moi.

    Vexée, Lola obtempéra tout de même, sentant que le poisson rouge perdait patience. Il devait souvent s'arrêter pour l'attendre, car, bien qu'elle soit en mesure de respirer de l'eau, elle n'avait jamais été une grande championne de natation.

    Enfin, ils arrivèrent à l'endroit que Bubulle voulait lui montrer. D'abord, elle ne vit que que d'immenses algues, avec rien de plus que tout ce qu'ils avaient pu voir dans la rivière jusque là, puis Bubulle lui désigna de la nageoire ce qu'elle devait regarder.

    - Des poissons !

    - Des truites, précisa son guide.

    - Mais... elle sont énormes ! Encore plus grosses que moi !

    - A moi que ça ne soit toi qui sois plus petite que elles, glissa Bubulle.

    Lola ne s'attarda pas sur cette question outre mesure. Après avoir vu des hommes préhistoriques, de la neige tiède et de l'eau dans laquelle on peut respirer, elle considérait que plus rien ne pouvait l'étonner.

    - Et donc ? Que veux tu que je vois ?

    - Attends un peu, humaine impatiente... il ne devrait plus tarder...

    En effet, à peine eut-il prononcé ses mots qu'un immense brochet d'au moins dix mètres de long apparu dans le champs de vision de Lola. Elle poussa un hurlement de terreur devant cette mâchoire qui aurait pu l'avaler d'une seule bouchée, mais le prédateur des lacs passa devant elle sans lui prêter attention. Il fonça avec une rapidité surprenante vers le banc de truites argentés, et là, tout se passa en un clin d'oeil. La seconde d'après, le brochet était seul au milieu des algues, avec plus une seule proie dans les environs.

    - Où sont passées les truites ? s'étonna Lola. Il n'a quand même pas pu toutes les manger !

    - Aha ! répartit Bubulle. Elle ne ses souviennent peut-être pas de la composition de leur dernier repas, mais elles sont plus vives que tes yeux. Et si un poisson ne se souvient pas de la tête du dernier humain qu'il a pu voir, il connait parfaitement chaque parcelle de la rivière et où trouver quelle nourriture. Alors ? Toujours inférieurs les écailleux ?

    Sincèrement impressionnée, Lola regardait toujours les algues où nageait les truites quelques minutes plus tôt.

    - C'est juste pour me dire ça que tu m'as emmenée ici ?

    - C'est déjà pas mal, ronchonna le poisson rouge.

    Soudain, il parut s'agiter et regarda autour de lui.

    - Il est temps ! Nous n'avons que trop duré ! Souviens toi toujours de se que je t'ai montré et dis !

    Lola voulu le retenir, mais déjà il nageait au loin.

    - Ha ! Et pour ta gouverne, lança-t-il une dernière fois : je ne m'appelle pas "Bubulle", mais "Celui-dont-les-écailles-brillent-au-soleil-comme-des-coquillages-orangés" !

    Et il disparu définitivement entre les algues.

    "C'est malin, songea Lola. Et comment je rentre moi, maintenant ?"

    Elle fit quelques brasse vers la surface dans l'espoir de se repérer, quand soudain un infime changement dans le déplacement de l'eau attira son attention. Elle se retourna.

    Il fonçait vers elle.

    A nouveau, elle cria, mais seul des bulles sortirent de sa bouche, et elle n'eut rien le temps de faire avant que les immenses mâchoires du brochet ne se referment sur elle.

    ...

    ...

    - Lola ! C'est prêt ! A taaable !

    La jeune fille se redressa et papillonna des yeux. Elle était sur son lit, dans sa chambre bien douillette.

    "Je me suis endormie. Et je crois bien que j'ai rêvé..."

    Elle sortit de sa chambre et marcha tranquillement vers la cuisine. Mais une soudaine envie la prit et elle bifurqua vers le salon.

    - Lola ! Tu m'as entendue ? C'est l'heure de manger !

    - J'arrive, maman ! Je passe juste voir le poisson rouge !

     

    FIN


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